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Expositions

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Juin 1994

Chapelle de la Sorbonne

   

 

 

septembre 2002

Beziers

espace Riquet

 

 

 

 

 

avril 2004 Nîmes

Galerie des Arènes

 

 

janvier 2005 Paris

Centre Culturel Chinois

 

 

 

septembre 2005

Paris - Mairie du VI°

Galerie du Vieux Colombier

 

 

 février 2006

Musée National de Beijing

"Ici - là bas"   

 

hall du Centre Chirurgical

des Princes

92100 Boulogne

 

 

                                         

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Entrez sans frapper

 

"les Frigos"

19, rue des Frigos  75013  PARIS

île de Ré

Chimères

A ses débuts, France Mitrofanoff, pétillant de détermination spontanéiste, s’engage dans la peinture avec le sens de la désinvolture. L’imagination l’exalte, sa technique est impulsive. Elle ne tient surtout pas à savoir ce qu’elle dessine au fil du pinceau qui déroule d’instinct des histoires opportunistes. Le hasard des taches, le bonheur des traits qui divaguent, les accidents des rencontres, le choc des formes aléatoires, font jaillir des figurations mentales. Ces êtres hybrides à la tête de pachyderme timide, avec ce corps épineux d’un dragon, et ces animalcules patibulaires, ces belles plantes mi-vénéneuses mi-animales, ces types bizarres avec leur tempérament héroïque loufoque, ce sont nos inquiétudes transformées en chimères délirantes, ce sont les monstres intérieurs qui, remontant des profondeurs de l’inconscient, traversent le bras armé du peintre et se jettent sur la toile.

« C’était pour rire… Des histoires malicieuses, espiègles… Je ne dirais pas « enfantines » mais « archaïques »… Il faut prendre la peinture au sérieux, n’est-ce pas ? (rires)… Quand j’avais 30 ans, je voulais réveiller le primitif qui sommeille en nous, raconter le combat cocasse de l’absurde contre le chaos de la toile vierge, montrer cette parcelle d’incompréhensible qui nous engendre… Le tout, bien sûr, avec l’envie de provoquer chez le regardeur - et de partager avec lui, un double effet ludique et libératoire. »  F.M. 

Les foules

Si l'on perçoit des vibrations lumineuses, une aura magnétique autour des silhouettes obscures, c'est que les ombres chrechent à se voir. Elles se penchent au bord de la toile pour s'extraire du fond qui les engloutit. Elles voudraient discerner les contours de leurs corps si troubles et surtout se percevoir en profondeur - le peintre fait monter les valeurs. Parfois le mystère résiste à la rencontre. Une ombre se laisse manger par la nuit de l'autre - le regard du peintre cherche à nous confronter à ce dedans si énigmatique, à ce silence que nous divulguons et qui parle au delà des apparences.  

 Les villes

Petites comme des crabes cubiques, reliées par de gigantesques ponts suspendus, très encombrées d’un fatras de choses difficiles à identifier, lourdes à porter, les villes et leur charivari se déplaçaient latéralement mais sûrement avec lenteur.

Les maisons

Nous nous adorons, puis quelque chose fait obstacle. Ce qui nous attachait brusquement se défait. Les marches chancèlent. Un malentendu nous déchire. Les bras des passerelles s’écartent. Des murs d’enceinte grimpent de toute part. Les quelques vérités qui nous tenaient debout se dérobent et glissent vers des précipices d’incompréhensions. Ou alors, une rupture, la guerre, un exil, une injustice, un exode, une série de fracas et de tracas rompt les ponts. Et voilà qu’une tempête de giclures en dripping qui déborde des quatre coins du cadre emporte les éclats et les ravive quand les réseaux si fluides de la peinture acrylique versés du bout du pinceau retissent les liens et font jaillir ce mouvement vital qui nous sauve du désastre.

Et puis, fatalement, revient cette présence immanente, la mort, sûre des dégâts qu’elle commet, prodigue en gravats. Il reste les fantômes, nos ancêtres, ceux que l’on a aimés. Ils grimpent des cages d’escalier effondrées. Leur ombre portée sur les marches se dessine à l’encre de Chine. Il reste les souvenirs des absents qui construisent les fondations. Au-delà des destructions, une présence humaine renaissante, source de vie éternelle, à la fenêtre apparaît.

Soudain, dans la maison des morts qui nous habite, se dessinent une lézarde, puis deux, puis cent, émergent des blocs comme des bras, des blocs de mémoire salvateurs…  Quand l’inconscient redessine la mémoire, cela devient, ici, un tableau.

Les arbres

Un cortège de troncs énigmatiques ? Un monument de la nature ? Des sépultures végétales ? Si l’on préfère : des arbres. Et dans le langage de l’art : des métaphores de ce qui nous précède et qui demeure après notre traversée… Là, cette lisière de forêt, enracinée dans les profondeurs qui nous dépassent s’élève à travers ces lumières sidérales qui se renouvellent sans moi.

A l’origine des charpentes chavirées, des planchers sans dessus dessous, des palissades malicieuses dont il fallait trouver la porte d’accès, du bois – cette matière et cette thématique qui inaugure une nouvelle série de tableaux. France avoue : « Mais oui, je n’ai jamais rien fait d’autre que de me peindre… Cela dit, mon travail achevé est pour moi plein d’inconnus et j’essaye de faire en sorte que mes toiles soient fixées dans leur suspension, leur dérive, ouvertes à de nombreuses interprétations… ».

Lecteur qui termine ce récit, reviens au début de l’œuvre, à ton premier regard : les arbres élancés s’unissent aux maisons envahies d’escaliers résurrectionnels ; les tableaux qui s’ouvrent sur des cloisons et autres palissades communiquent avec ceux qui présentent un mur de troncs mutiques ou des silhouettes arrêtées à l’extrême bord du cadre ; les chorégraphies des lutteurs répondent aux cabrioles architecturales ; la jovialité extravagante des monstres est reliée aux excroissances végétales. La peinture de France serait alors perçue comme une poursuite de ce quelque chose déjà trouvé au début de sa carrière, puis constamment redécouvert. Comme si, en trente ans de peinture, fouillant les formes, osant la force, plongée dans les thématiques du secret, de la mélancolie, de la solitude, de l’enfermement qu’elle épanouit par le frémissement des taches, le rire des éclaboussures, les rafales du geste qui révèle son écriture… France, rivée à ses obsessions, n’avait peint qu’un tableau, le même et ses variations.

Lucie de Boutiny 

Paris - septembre 2006  

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